
INTERVIEW MOHAMMED BARHAM
LG : Mohammed, quel a été ton parcours de vie ?
MB : Je suis né à Tanger au Maroc où j’ai passé toute mon enfance. J’y ai passé mon Bac, fais des études universitaires à Fès en Economie. Pendant mes études, j’ai aussi fait plein de petits boulots dans le domaine touristique car je parlais français, anglais et évidemment arabe. Je me suis par exemple occupé de la réception de l’Hotel Malabata, un casino qui était très connu. Il y avait surtout des anglais. A Tanger, les anglais et les allemands étaient très présents. Il a avait aussi beaucoup de manifestations pour des raisons politiques, notamment avec les palestiniens. Alors, je suis venu en France, poursuivre mes études en Sciences Economiques. J’ai fait 2 années dans cette discipline. J’aurais aimé être professeur d’économie, mais faute de moyens, j’ai dû arrêter. J’ai donc travaillé dans un cadre associatif comme professeur d’arabe pour des femmes françaises mariées à des personnes d’origine maghrébine. Par bonheur, ensuite, j’ai connu ma femme, une rémoise venue s’implantée avec sa famille en Mayenne.
LG : Comment as-tu vécu ton intégration ?
MB : au début, cela n’a pas été facile. On n’est pas souvent encouragé dans les couples mixtes ! Pourtant… 17 ans après… nous formons une belle famille avec trois enfants. Pour favoriser mon intégration, justement et obtenir la nationalité française, j’ai fait mon service militaire en 1995. J’étais au 7ème régiment du Génie d’Angers. Cela a été une superbe aventure. Je suis sorti sous-officier avec une bonne expérience de management des hommes, des équipements aussi… En fait, j’ai mes 10 mois, et comme cela me plaisait beaucoup, j’ai rempilé pour 24 mois. Moi qui partais avec des a-prioris sur l’armée, j’y ai rencontré des personnes très bien, même si certaines ne m’ont pas toujours rendu la vie facile. J’en ai bavé, par exemple, avec un adjudant raciste. Mes aptitudes physiques m’ont permis d’obtenir de bons résultats et d’être soutenus par les autres officiers, afin d’obtenir mon grade de sous-officier. Une fois ce grade décroché, tout s’est très bien passé. J’étais dans la section Transports, en tant qu’adjoint au responsable d’un camp militaire près d’Angers. Vraiment… cela m’a ouvert plein de voies. C’est dommage, je trouve, que cela n’existe plus, car c’est une expérience de vie unique. Ensuite, je ne pouvais pas rester sur Angers. J’ai donc quitter l’armée.
LG : Tu as donc pris un nouveau départ sur Laval ?
MB : Pas vraiment, car comme les débuts avec ma belle-famille n’ont pas toujours été facile, ce fut l’apprentissage de la différence pour tous… ma femme et moi sommes partis un an à Lille, où je me suis rapproché de personnes de ma famille habitant en Belgique. Une pause… mais nous sommes vite revenus à Laval. J’ai à nouveau changé de cap après avoir travaillé chez PSA à Rennes, puis dans une société de nettoyage industriel comme responsable d’équipe, puis à la fonderie de Port-Brillet pendant 2 ans ½, comme technicien de maintenance. Je me suis ensuite décidé à passer un BTS de maintenance industrielle à l’AFPA d’Angers. Une excellente formation ! J’ai obtenu mon diplôme et ensuite j’ai fait pas mal d’intérim.
LG : Comment as-tu connu Gruau ?
MB : En juin 2005, je suis arrivé pour une mission intérimaire et j’ai été embauché le 1er mai 2006, en qualité de technicien de fabrication. J’ai fait du montage de hayon, me suis spécialisé en hydro-électricité, j’ai travaillé sur les véhicules Decaux, les bennes, les fourgons La Poste… en fait, toutes les fabrications du bâtiment B (Produits Carrossés) sauf le Microbus. J’ai collaboré avec Jérôme Gautier et Mickaël Bessiral. Aujourd’hui, je travaille sur les véhicules Gendarmerie.
LG : Comment vis-tu ta fonction ?
MB : Dès le départ, je suis tombé dans une bonne équipe avec Grégory Chicault. Il a su me donner des responsabilités. J’ai bien aimé aussi la coordination entre nous, au sein même de l’équipe. Ce qui manque sans doute le plus aujourd’hui, c’est la coordination entre les équipes, une bonne cohésion permettrait d’obtenir une meilleure rentabilité.
LG : Quels seraient tes autres souhaits ?
MB : J’aimerais avoir plus de responsabilités et gérer un service de production. J’ai pris goût au management des hommes, à la gestion des plannings des véhicules… Mon expérience à l’armée m’a permis de gérer une équipe de 35 personnes, un parc automobile et un terrain complet. Evidemment, ce n’est pas facile de gérer des hommes, mais c’est passionnant. Et entre ma façon méditerranéenne de voir les choses et un management militaire rigoureux que j’affectionne, le mélange des deux… çà plaît ou çà ne plaît pas ! Par ailleurs, l’occasion ne s’est plus présentée pour reprendre des responsabilités de management, mais on verra la suite… Le contexte, il est vrai, n’est pas des plus favorables en ce moment. L’intérêt d’être au bâtiment des produits carrossés, c’est déjà la grande diversité : ce que j’apprécie particulièrement.
LG : Etre parti de son pays d’origine, avoir eu mille et une expériences… tu as dû avoir besoin de personnes auprès desquelles te référer ?
MB : De mon expérience chez Gruau, je garde comme premier référent, Lionel (Dubois). C’est lui qui m’a mis en confiance le premier. Il a ensuite toujours été là. C’est comme un père pour moi. Il a bon cœur, a un management bien à lui, sait dire les choses franchement. Il sait « engueuler » mais encourager en même temps.
Côté personnel, lorsque j’ai connu ma femme, j’ai aussi connu une nouvelle famille. Et même si cela n’a pas été très facile au début, je considère mon beau-père comme un vrai référent. C’est quelqu’un de très cultivé, il a réponse à tout. On n’est pas toujours d’accord, mais il m’a toujours aidé. Il a su changer de regard sur son gendre… Si je remonte à mes racines, j’ai aussi une pensée pour ma mère, restée au Maroc avec une soeur, puisque j’ai un frère en Hollande, un autre en Espagne, un en Belgique et enfin, un dernier à Montélimar. Avec ma mère, on s’appelle tous les 2-3 jours (j’ai un super budget téléphone !!!), et elle vient régulièrement en France.
LG : Que fais-tu de tes temps libres ?
MB : J’adore le sport, notamment le football –que je ne pratique plus car j’ai eu une fracture du bassin. Je jouais à un bon niveau avant cet accident de travail. Je suis un fervent supporter du Stade lavallois bien sûr et je crois en leur remontée prochaine. Par ailleurs, je fais partie d’une association qui s’appelle « 1000 et une couleurs » qui a pour vocation d’aider les enfants pauvres, malades… Il y a un bureau en France et on organise des soirées pour récupérer des fonds, que nous reversons sous forme financières directes ou matérielles pour les enfants orphelins du Maroc (jouets, vêtements, fournitures scolaires…).Avec Monsieur d’Aubert, on a eu beaucoup de contacts grâce à cette action car cela s’apparente plus à du partenariat qu’à de l’assistanat. Il nous soutenait bien grâce à cela. Avec la nouvelle municipalité, cela semble plus compliqué mais on verra…
LG : Quels sont tes rêves les plus fous ?
MB : Partir au Canada. Un pays immense qui m’a toujours attiré. Les canadiens paraissent sympathiques. Mes autres rêves sont simplement de réussir professionnellement, de bien éduquer mes enfants et de leur inculquer ce qu’est le respect, la morale. Je suis musulman, ma femme est chrétienne. Mais, en fait, on est tous de la même origine : Abraham !
LG : Pour conclure, Mohammed, y a-t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ?
MB : oui. « Pourquoi avoir choisi Gruau ? » ! Pour moi, entrer chez Gruau, c’était comme un rêve. Mes beaux-parents habitaient St-Berthevin et je passais souvent devant l’usine. J’ai toujours entendu du bien de Gruau. Je voyais aussi les autres entreprises où il ne faisait pas bon vivre. Le hasard de l’intérim a voulu que je commence ainsi. Le côté humain est toujours là. C’est l’usine à la campagne : la grande entreprise avec les qualités d’une petite structure. Je me trouve payé correctement. On ne manque de rien. Mon rêve est donc réalisé.
Merci Mohammed pour ce sympathique moment d’échanges.
Entretien mené par Laurence Gilot.
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Né le 2 novembre 1967
Originaire de Tanger au Maroc
Arrivé en France en 1989
Situation : Marié – 3 enfants
Fonction occupée : Technicien de production.
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Mohammed, si tu étais...
Une forme : carrée
Une couleur : bleu
Un son : le blues (toute la musique noire américaine)
Une matière : l'eau
Un animal : un cheval
Un végétal : de la coriandre
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